À 31 ans, Justin Hill aurait déjà dû raccrocher. Du moins, selon ses propres dires. Le pilote from Oregon s’était longtemps fixé la barre des 30 ans comme date limite de consommation pour mettre un terme à sa carrière professionnelle. Pourtant, le voilà toujours derrière une grille de départ, et surtout avec une envie de rouler qui semble avoir retrouvé de l’élan.
Pour Justin Hill, la moto n’a jamais été qu’un métier. « Je n’ai jamais dit que je faisais de la moto pour gagner ma vie. Je suis simplement celui qui rapporte de l’argent dans ma famille, peu importe ce que je fais », explique-t-il avant le lancement de la saison de World Supercross au Canada. Installé dans un centre de conférences presque désert à Calgary, l’Américain paraît détendu, loin de l’agitation habituelle d’un paddock.
« J’ai fait beaucoup de choses dans ma vie et j’ai vécu pas mal de choses pour quelqu’un de 31 ans, mais ce que je préfère de loin, c’est piloter. C’est difficile de faire mieux. C’est le meilleur job du monde. Et plus je vieillis, plus je l’apprécie. C’est devenu une chose dont je retombe sans cesse amoureux. »
Son retour en World Supercross la saison dernière n’avait pourtant rien d’évident. Après une saison américaine exigeante, la transition vers le WSX s’est révélée compliquée. À cela s’étaient ajoutés une pneumonie, plusieurs blessures et un temps de préparation limité sur la moto.
La campagne qui devait lui permettre de retrouver le devant de la scène s’était progressivement transformée en parcours du combattant. Avec son ancienne équipe, Venum Bud Racing Kawasaki, Justin Hill avait finalement choisi de mettre un terme à leur collaboration d’un commun accord. Une décision difficile, mais nécessaire pour repartir sur de meilleures bases.
« La chose la plus importante pour moi, quand j’ai décidé de recommencer à zéro, a été de réaliser que je brûlais la chandelle par les deux bouts. J’étais encore malade et j’avais besoin de m’arrêter un moment, de récupérer et d’observer. J’ai beaucoup réfléchi à ce que je voulais dans ma vie et à ce que je pouvais encore tirer de mes capacités. Et les choses ont changé d’elles-mêmes une fois que je leur ai laissé le temps de se mettre en place. »
Cet hiver a justement servi de bouton reset. Justin Hill a retrouvé de la force, de l’énergie et surtout le plaisir de rouler. Une nouvelle opportunité s’est également présentée avec Rick Ware Racing pour la saison 2026.
« En décembre, je me suis dit : “Ça y est, je suis de retour.” J’avais de l’énergie, de la force et je retrouvais mes sensations sur la moto. Tant que je roule, que je m’amuse, que je suis en relativement bonne santé et que je comprends ce que fait la moto, je peux reconstruire tout le reste. »
En dehors des circuits, Justin Hill mène une vie éloignée des clichés du pilote pro. Sa famille occupe évidemment une place centrale, tandis qu’il entretient lui-même son terrain d’entraînement, joue au golf et a renoué avec la musique.
« Passer du temps avec mes enfants, c’est numéro un. C’est ce qu’il y a de mieux pour moi », assure-t-il. « Je suis aussi vraiment retombé amoureux de la musique. C’est l’une des premières choses que j’abandonne lorsque je suis très occupé ou que les choses deviennent difficiles. Alors je fais un effort pour jouer, parce que ça m’apporte énormément de bonheur et de joie. Si vous regardiez une journée de ma vie, ce serait quelque chose comme : arroser mes plantes toute la soirée, dormir quelques heures, me réveiller et arroser à nouveau. Je suis aussi cowboy que possible sans monter de chevaux de rodéo. »
Cette année, Justin Hill a rejoint Rick Ware Racing. Un choix qui lui offre surtout une continuité entre son programme américain et le World Supercross, un élément particulièrement important pour un pilote qui a besoin de se sentir en confiance avec sa machine.
« Je ne suis pas du genre à fermer les yeux et mettre plein gaz. J’ai besoin d’être à l’aise, c’est certain. Rick Ware Racing m’a offert une opportunité assez géniale : je peux quasiment poursuivre mon programme américain sans interruption. Je suis très à l’aise actuellement et je me sens vraiment bien. »
Sous le même auvent, Hill retrouve notamment Cooper Webb et Max Anstie. Un environnement forcément stimulant pour un pilote qui entend profiter de cette nouvelle dynamique.
« C’est une équipe très solide. Je serais surpris que nous ne remportions pas le championnat. Cooper est évidemment un multiple champion de Supercross. Il a ce qu’il faut, mais aussi les qualités mentales dont j’espère pouvoir m’inspirer. Et Max semble avoir cette série en main. Il s’y épanouit et possède énormément de confiance. »
Le premier rendez-vous de la saison, au Canada, a rapidement confirmé que le nouveau Justin Hill était bien de retour. L’Américain a terminé troisième du classement général, avec notamment une victoire dans la première Sprint Race. La finale a ensuite été écourté en raison d’un violent épisode orageux.
De quoi repartir de Calgary avec une bonne dose de confiance avant la suite du championnat, et notamment le rendez-vous britannique de Birmingham, programmé le 10 octobre. Car après une saison 2025 compliquée, Justin Hill ne cherche plus forcément à prouver qu’il peut encore gagner. Il veut avant tout retrouver ce qui l’avait poussé à faire de la moto son métier.
« Toute l’année dernière, je regardais ces pistes en me disant : “Elles ont l’air vraiment géniales. J’aimerais être dans une situation où je peux les apprécier et les rouler vite.” Je veux simplement m’amuser à nouveau sur ces circuits. Et je pense que c’est en train d’arriver. » Attention à lui, donc, pour ce championnat !