Il y a annuité et annuité…
Le gouvernement, relayé par les médias, ne cesse d’asséner sa » vérité simple à comprendre » selon laquelle l’alignement des cotisations du secteur public sur celles du secteur privé pour financer les retraites relève de l’équité.
Or, s’est-on avisé que le calcul des annuités s’opère de façon tout à fait différente dans l’un et l’autre secteur ?
Pour aller au plus clair :
Dans le public, le nombre d’annuités correspond au temps où l’on occupe effectivement un emploi, au prorata du temps de travail : si bien qu’ un an de travail à mi-temps vaut pour une demi-annuité, un an de travail à 80% vaut 0.8 annuités)
Dans le privé, le calcul est plus complexe et dépend :
Des sommes perçues : on valide, pour chaque année civile, un nombre de trimestres correspondant au salaire soumis à cotisation dans l’année (par exemple, un cadre qui a travaillé trois mois dans une année civile obtiendra une annuité entière, alors qu’un smicard qui a travaillé trois mois n’obtiendra que 0.5 annuité !)
De même, un an de travail à mi-temps compte pour une annuité complète et on ajoute ensuite certaines périodes non travaillées (chômage, congé parental sous certaines conditions, etc.)
– Des bonifications s’ajoutent à cela, qui diffèrent totalement entre public et privé par exemple la bonification pour enfant accordée aux mères : 2 ans dans le privé, 1 an seulement dans le public (que le projet de loi Fillon va supprimer cette année pour les ‘mères fonctionnaires’).
Ainsi, tenter de monter les salariés du privé contre ceux du public est un calcul politique qui n’a aucune assise : comparer le nombre d’annuités nécessaires pour obtenir une retraite à taux plein dans les deux régimes et en déduire que les 37.5 annuités de l’un sont inférieures aux 40 annuités de l’autre est une absurdité, voire une imposture, puisqu’on ne tient même pas compte, en outre, des retraites complémentaires du privé !
D’après Claude Danthony,
maître de conférence de mathématiques de l’Ecole normale supérieure de Lyon,