Chez MX2K on est comme ça, on aime bien partir à l’aventure, l’adrénaline de la course, se mettre dans des situations complexes sans savoir pourquoi. Ainsi quand j’ai vu le post de Aurélien Secheresse sur Facebook « cherche un passager expérimenté pour le championnat de France à Brou » je n’ai pas pu m’empêcher d’envoyer un message :
– Salut Aurélien, si vraiment tu es en galère je veux bien dépanner j’en ai fait un coup c’était cool !
A l’heure d’écrire ces lignes je ne sais toujours pas ce qu’il m’a pris. Mais c’était une expérience folle qui mérite un coup de projecteur sur ces gars discrets qui envoient grave chaque week end.

Pré-course
Rencontre avec le pilote et son entourage, quelle ambiance le side ! Je sens que je vais m’éclater. C’est un petit milieu, les gars sont en place depuis des années et les équipages se connaissent et on ressent une bienveillance de chacun dans le parc. Quel plaisir de revoir les frères Chanteloup avec qui on avait fait un beau sujet et les copains que j’avais en moto « solo » avant qu’ils ne basculent de l’autre côté de la force. Mais la peur a pris le dessus quand ils me font comprendre que monter dans un panier ne s’improvise pas d’autant plus pour un championnat de France. Que physiquement ça allait être dur, très dur.
J’ai peur et ne dors pas la nuit, j’ai poncé youtube à la recherche de tous les tutos de singe possibles, regarder des vidéos en tchèque c’est pas terrible.
Jour-J
Le terrain de Brou est impressionnant : dénivelé, sauts, vagues, pain de sucre. La prépa est nickel. La pression monte quand les 700 Zabel se mettent en branle, quelques tours suffisent pour reprendre les mécanismes intégrés lors du 1er essai quelques mois plus tôt. Inutile d’indiquer que les meilleurs pilotes mondiaux notamment belges hollandais survitaminés nous tournent autour.
Au tour des chronos, la qualification est l’objectif fixé pour pouvoir être sûr de prendre part à l’ensemble des manches et récupérer le chèque en fin de journée. J’ai la pression, je veux quand même que le pilote retombe sur ses pattes pour son déplacement.
Briefing rapide de la part du pilote : on fait un tour de reco, le 2e on donne tout et basta sinon on sera trop fatigué pour le reste de la journée. Affirmatif, un tour en mode débranchage en tant que passager et je me retrouve dans le même état qu’à l’issue d’une 2e manche de ligue. La qualif passe. La journée sera longue.

Trois manches de 20′ + 2t sont au programme l’après-midi sous une chaleur que nous n’avons pas eu cet été. Dans le parc nombreux sont ceux à donner des conseils notamment les Barat champions de père en fils depuis quatre générations, ça cause, on écoute attentivement. Je commence à me dire que ça ne va pas être simple l’affaire quand la mère du pilote me dit « tu devrais prendre un doliprane avant de partir ».

Départ virage à droite, tous les singes basculent de l’autre côté du panier. Inutile de vous décrire la sensation que ça fait de se faire lécher le dos par la roue avant du voisin, une proximité que je me serais bien passé. Quelle virilité, quelle adrénaline si bien les 3 premiers tours sont fous. Je me sens cependant vite calmé quand je vois sur l’ardoise qu’il reste 1/4 d’heure hors taxes à passer dans un panier supportant les vibrations du 700 2t, suspendu avec un amortisseur ayant 10cm de débattement à tout casser et la sensation des poulettes qui pètent dans les gants.
Ces gars sont des machines avec un mental d’acier. L’équilibre de la machine de 150kg + le même poids en bonhomme au-dessus dépend du travail du pilote et du contre poids du singe, une fausse manip du ouistiti et c’est la cabane assurée. On communique on s’encourage durant la manche avec le pilote et ça donne de l’énergie, car niveau réserve j’avais fait les fonds de tiroir depuis la mi-manche.

Au bilan de cette épreuve, j’aurais peut-être dû m’inquiéter avant de m’engager mais au-delà de l’aspect pilotage qui est un art dans cette discipline il y a le physique. Les hommes d’expérience avaient dit au début de la journée d’essayer de finir les manches et ce sera très bien. Job is good, merci Aurel d’avoir compensé de nombreuses fois. Je me dis que je vais être en PLS toute la semaine au même moment où les gars se saluent et disent « on se voit à St Jean la semaine prochaine ? ». Des malades !

Par Tonio ; Crédit Photos : APP – Arnaud Pichot