C’est un Ken Roczen évidemment ravi et volubile qui s’est présenté devant les journalistes pour la traditionnelle conférence de presse après son premier titre SX US 450. En voici la retranscription :
On dirait que tu avez presque imaginé ce moment avant même qu’il n’arrive…
Ken Roczen : Oui, complètement. J’avais cette vision en tête depuis plusieurs jours. Au point que ça devenait émotionnel pour moi pendant la semaine. Je ressentais déjà toutes ces émotions avant même que la course ait lieu. Bien sûr, croire très fort à quelque chose ne garantit pas que ça va arriver, mais ça m’a donné énormément de confiance. Même aujourd’hui, après les cérémonies d’ouverture, j’ai passé un moment avec ma femme et les enfants dans le stade, juste à parler. C’était incroyable d’être dans cette position, sous une telle pression, avec une chance de jouer le championnat. Ça signifiait énormément pour moi.
Après la chute aux essais, puis ce dépassement décisif, probablement l’un des plus importants de ta carrière, qu’est-ce qui se passait dans ta tête ?
Ken Roczen : Une fois que j’ai pris un bon départ, je savais que ça allait être intense. Je savais qu’il (Hunter Lawrence) allait attaquer très fort derrière moi. Après le dépassement, je me suis dit : “OK, maintenant il faut gérer intelligemment.” Tout le monde a vu que les whoops n’étaient pas mon point fort aujourd’hui, même si ça avait été plutôt bon toute la saison. La piste était extrêmement piégeuse, surtout cette section sable qui était très glissante et difficile à lire. Le plus important pour moi était de ne pas surpiloter et de ne pas faire d’erreur stupide. Je ne pense pas avoir eu le rythme pour créer un gros écart, alors j’essayais surtout de rester fluide et détendu. Honnêtement, je pense même que j’avais la victoire en main, mais je me suis un peu étouffé physiquement. J’ai essayé de rester trop calme, au point où j’ai presque oublié de respirer. La piste devenait très défoncée, et quand on se crispe un peu, les bras deviennent extrêmement lourds. À un moment, j’étais complètement cuit. Mais mentalement, je savais qu’il fallait aller au bout.
Aujourd’hui, sens-tu que le travail accompli avec l’équipe a finalement porté ses fruits ?
Ken Roczen : Oui. Si je repense au jour où j’ai rejoint cette équipe, je suis une personne totalement différente aujourd’hui. À cette époque, c’était un vrai chaos. Je n’étais pas au mieux, loin de là. Pendant deux ans, j’ai simplement essayé de m’accrocher à quelque chose pour redevenir compétitif, retrouver des podiums, retrouver confiance. J’étais remonté sur la moto très tard, je n’avais quasiment pas roulé avant la saison, mes mains me faisaient souffrir… et aujourd’hui, on est là. Ça s’est fait étape par étape. C’est un énorme voyage. Au début, je pouvais faire quelques podiums, mais je n’étais clairement pas un candidat au titre. Le travail a continué, surtout l’hiver dernier. C’est là que j’ai commencé à vraiment retrouver mon niveau. Mais les gens ne voient pas toujours ça. Une semaine, tout le monde dit que vous êtes de retour, puis la suivante, après une moins bonne course, certains pensent que vous êtes fini. Mentalement, ces dernières années ont demandé beaucoup plus de travail que physiquement, honnêtement.
Comment avez-vous vécu cette journée émotionnellement ?
Ken Roczen : C’était très difficile. Je crois que je n’ai jamais eu à faire autant de travail mental qu’aujourd’hui. Même toute la semaine a été compliquée. Je me réveillais tôt, je dormais mal depuis Denver, et une fois levé à 6h30 du matin, il restait énormément de temps pour penser à tout.
Je voulais simplement que la course commence. Plus le temps passait, plus la pression montait. Je me répétais que quoi qu’il arrive, la vie continue, mais intérieurement c’était très intense. Je n’avais jamais été dans une position comme celle-ci, aussi proche d’un titre. En 2016, j’avais sécurisé le championnat bien avant la finale, sans stress. Là, c’était totalement différent. Je suis surtout heureux que ce soit terminé… Je suis épuisé.
Quelle était la communication avec ton équipe pendant la finale ?
Ken Roczen : Après le dépassement, je voulais continuer à pousser. Ce n’est pas parce que vous prenez la tête qu’il reste juste quelques tours faciles. Il restait encore beaucoup de course. Puis Billy m’a indiqué que Hunter était tombé. À partir de là, j’ai surtout essayé d’éviter les erreurs.
Les whoops étaient un vrai pari à chaque tour. Je ne savais jamais exactement comment les attaquer. Alors je me répétais : “Ne fais rien de stupide, ne gâche pas tout maintenant.”
Tu as remporté ton premier titre mondial très jeune. Peux-tu comparer cette émotion avec celle d’aujourd’hui ?
Ken Roczen : Franchement, c’est difficile à comparer. À l’époque, j’étais presque un enfant. J’étais une personne totalement différente. Aujourd’hui, je ressens les choses d’une manière bien plus profonde. Tous ces souvenirs en plus au GP d’Allemagne, les fans, le titre là-bas, c’était incroyable. Mais celui-ci est de très loin mon préféré. Parce que le chemin a été tellement long, avec énormément de hauts et de bas.
Maintenant que tout est terminé, peux-tu enfin regarder en arrière sur toutes les difficultés traversées ?
Ken Roczen : Honnêtement, pendant toute cette bataille pour le championnat, je n’ai même pas pensé à tout ça. J’étais tellement concentré sur l’objectif du moment que le passé ne comptait pas. Je n’ai jamais voulu utiliser mes difficultés comme excuse. Ces dernières années, je n’y pensais même plus vraiment. Maintenant que tout est fini, oui, c’est une histoire incroyable quand on regarde le parcours dans son ensemble. Mais pendant la saison, je n’avais qu’une seule chose en tête : le championnat.
Qu’as-tu appris sur toi-même durant tout ce parcours ?
Ken Roczen : J’ai appris à travailler avec ce que j’ai chaque jour. Je ne me réveille pas tous les matins en me sentant comme un super-athlète de 20 ans plein d’énergie. Il faut accepter les sensations du jour et en tirer le meilleur. Ça a probablement été le plus difficile toute la saison. Même quand je voulais me sentir invincible, ce n’était pas toujours le cas. Alors il fallait simplement faire avec et continuer à avancer.
L’ambiance dans le stade semblait incroyable. On entendait ton nom partout…
Ken Roczen : Oui… ça ne s’arrêtait jamais. Et à la fin, tout le stade chantait “Kenny”. Je ne pense pas avoir déjà entendu quelque chose comme ça dans un stade de motocross.
En général, même quand le public est bruyant, nous les pilotes, on ne s’en rend pas vraiment compte. Mais là, c’était différent. C’était énorme. J’ai encore du mal à réaliser tout ça. Depuis plusieurs semaines, surtout à la fin de la saison, les écarts se resserraient et les gens ont commencé à croire que c’était possible. Toute l’ambiance est montée d’un cran.
Je n’ai jamais rien vécu de pareil. Et personne ne pourra jamais me retirer ça !