La Stark Varg a fait parler d’elle depuis qu’elle a été dévoilée, c’est le moins qu’on puisse dire ! A juste titre, d’ailleurs, tant elle met un coup de pied dans la fourmilière digne d’une pénalité de 50 mètres par un All Black survitaminé. Certains crient au génie, d’autres, plus nombreux selon mon propre baromètre BVA perso, à l’infamie pure et simple. La vérité est sans doute quelque part entre les deux, comme c’est toujours le cas.

Ce qui est sûr, c’est qu’on n’avait rien vu de tel pour le moment en matière de motos électriques. Certes, il y a eu l’Alta Redshift MXR, première proposition solide. La plupart de ceux qui l’ont essayé trouvent la moto très bien, mais un peu lourde, ne disposant pas d’assez d’autonomie, trop chère… Et de toute façon la marque n’existe plus, ce qui résout de manière radicale le problème. Ciao Alta, merci d’être passé. La nature ayant horreur du vide, on se doutait bien que la place allait rapidement être prise par quelqu’un d’autre. C’est là qu’apparait Stark, ce nouveau constructeur installé en Catalogne, près de Barcelone. Son fondateur est suédois et se nomme Anton Wass. C’est loin d’être n’importe qui, puisqu’il est tout simplement un des trois cofondateurs de 24MX, rien que ça. Après avoir revendu ses parts il y a quelques années, on se doute qu’il aurait pu se la couler douce à la plage au lieu de se lancer dans ce projet. Dans une interview donnée à des confrères, il assure que « les finances ne sont pas un problème, les investisseurs sont un groupe d’entrepreneurs qui ont des entreprises fleurissantes. » Déjà, si on le croit sur parole, ça sent meilleur pour cette Stark Varg que chez Alta.
Dès le départ du projet, le monsieur a su aussi s’entourer des meilleurs, puisqu’il a appelé rapidement Eric Peronnard. Difficile de faire mieux quand il s’agit de faire passer un message à toute l’industrie. Eric P connait absolument tout le monde et, plus important encore, est aimé de tout le monde. Sorte de prouesse peu commune dans un milieu aussi compétitif. Notre Français a également le syndrome de Midas, puisqu’il transforme tout ce qu’il touche en or. Enfin, en rapport avec notre affaire, c’est un électrifié convaincu. EP a été l’un des premiers à acquérir une Tesla, puis une Alta, deux véhicules branchés qu’il adore. Il donne même un coup de main à la FIM pour tenter de créer un championnat électrique, entre 1000 autres projets. Dans un intéressant podcast récent avec Steve Matthes, (in English, sir) il assure avec raison « que ceux qui n’ont pas essayé ne peuvent pas comprendre. » Et lui fait partie des happy few qui ont pu essayer la Stark Varg.

Sébastien Tortelli au développement, ça ma va aussi. Déjà, Séb connait le motocross, je crois qu’on sera tous d’accord sur ce point. Il a de l’expérience, de la sensibilité mécanique et, en plus, il se trouve que le garçon est particulièrement intelligent, ce qui ne gâche rien. En outre, pour avoir roulé des tas de fois en course avec lui (loin derrière, évidemment), je sais à quel point il est exigeant pour la mécanique. S’il n’a pas cassé la moto, vous ne la casserez pas non plus. Josh Hill et Matt Rebeaud étaient, a priori, plus là pour faire des photos que du vrai testing, mais c’est une intuition personnelle, pas une info.
En vrai, le fond du problème vient du fait qu’on n’aime pas et/ou on a peur de ce qu’on ne connait pas, un concept philosophique vieux comme le monde. Il suffit de regarder une fois « l’heure des pros » pour s’en convaincre. Moi même, je ne suis pas absolument pour l’électrique, qui nous est imposé, à mon sens, pour de mauvaises raisons. Parce que nous enfumer avec l’écologie, c’est un peu gros quand on se penche sur le bilan carbone de la construction, puis de la destruction des batteries. Pourtant, j’aurais beau fermer le yeux aussi longtemps que je veux, la volonté politique mondiale de passer du thermique à l’électrique est une réalité qu’on ne peut pas nier. Et il y a aussi des avantages à l’électrique qui ne sont pas niables, dont la plus flagrante : l’absence de bruit. Récemment, j’ai remplacé ma tondeuse thermique à moteur Honda par une Ryobi sans fil. Je vous donne un scoop ? C’est mieux. On a aussi remplacé la Modus de madame par une Zoé. Encore une fois, pour l’utilisation qu’elle en fait, bingo ! Victoire électrique… Ce qui n’empêche qu’on a gardé l’Espace pour les grands trajets (on a beaucoup d’enfants). #synergie
OK, je vous parle là de matériel utilitaire, pas d’un engin passion. Mais quand même, admettez que cette Stark Varg (quel nom horrible, par contre !) révolutionne l’idée qu’on pouvait se faire de ces machines, non ? Et là, on n’est qu’au tout début de la révolution. Nul doute que quand les grands constructeurs et quelques autres illuminés de génie vont se pencher sur la chose, les technologies vont progresser en même temps que les coûts vont baisser.
« Ouais mais le MX c’est aussi le bruit ouin ouin… » OK, argument recevable une fois par an, quand tu vas voir le MXGP à Ernée et qu’effectivement, le départ d’une meute de 32 machines (yep, ils ne sont plus jamais 40…) qui rugissent, ça fout un peu les poils, à moi le premier. Mais bon, déjà, les mêmes qui crient à la mort du MX avec l’élec ont dit la même chose au moment du passage 2T/4T. Et on est encore là. Prêt à foutre le souk et tout le monde est… Nan, je m’égare. Surtout, moins de bruit peut permettre de conserver, et peut-être amener à créer de nouveaux circuits, ou circuler plus librement dans la nature pour nos amis enduristes. Franchement, pas de bruit ou celui d’une 250F, perso, ça ne me dérange pas plus que ça. Une Honda 125 CR 1993 avec un kit Mugen, OK, mais l’argument du bruit est dépassé, selon moi. Et le sera d’autant plus pour le génération future, qui est déjà entrain de s’habituer aux machines qui watts. Les champions de demain n’auront pas fait leurs premiers pas sur un PW50, mais sur une Oset, avant de passer sur une KTM SX-E 5. Du coup, la transition se fera de façon logique…
Là, d’accord…
Enfin, pour finir, cette « révolution » électrique n’en est qu’à ses balbutiements. Ce que je veux dire, c’est qu’on a encore largement le temps de profiter de nos pétaradantes. Electric Motion, petite firme Nîmoise, fabrique d’intéressantes machines de trial électrique qui marchent très bien et apportent une autre proposition au marché, mais les GASGAS, Sherco, Beta et autres TRS sont encore là… De fait, cette Stark Varg ne remplace pas, elle ajoute. Ceux qui ne le souhaitent pas n’ont pour le moment aucune obligation d’y passer. Mais elle ajoute une proposition nouvelle, et le fait avec panache, ce qui n’est pas négligeable. Ne boudons pas le plaisir de voir débarquer une belle nouveauté ambitieuse. Si ça se trouve, on va peut-être même trouver ça génial…
Par Richard Angot.