
Eli Tomac a marqué 88 points en quatre courses depuis le début de saison, soit une moyenne de 22 points par finale, l’équivalent d’une deuxième place. C’est son deuxième meilleur départ depuis son arrivée dans la catégorie reine, en 2023, où il avait mis 90 points (92, en fait, mais avec des victoires à 26 points) avec un très propre 1/1/6/1. Une saison où il était champion en titre et bien parti pour récidiver, puisqu’en gros c’était fait, il n’avait plus qu’à conclure la saison. Avant, on s’en souvient, de se rompre le tendon d’Achille devant son public, à Denver, Colorado.
Historiquement, Eli Tomac n’a jamais été un grand fan des débuts de championnat et de la Californie, avant de monter petit à petit en puissance tout au long de l’année. Cette saison, on s’y attendait encore moins, après un changement de marque particulièrement risqué. Petit rappel des faits : Star Racing Yamaha voudrait bien le garder, mais ET3 a annoncé il y a bien longtemps qu’il veut arrêter sa carrière, avant de se dire que, finalement, on s’en ferait bien une petite de plus. Sauf que le team de Bobby Regan doit anticiper l’avenir, et signe le coûteux Haiden Deegan aux côtés de l’onéreux également champion en titre Cooper Webb. Le team a beau disposer du budget d’un club de foot saoudien, il y a forcément des limites. Eli ayant lui aussi une valeur marchande évidemment importante, il doit trouver autre chose.
Or, la connexion Eli Tomac/KTM n’a rien d’évident. Les deux clans se sont affrontés des années, avec Ryan Dungey puis Cooper Webb. La moto dispose d’un embrayage hydraulique, rédhibitoire pour Eli. Bref, ça ne va pas soi, mais KTM a également besoin d’une solution, vite, avec le départ largement médiatisé de la star Chase Sexton, plus content de partir qu’un vacancier à l’aéroport. Une alliance de circonstance, donc, qui démarre plutôt bien en WSX au Canada, avant de caler sur un coup de piston en Australie. KTM fait tout pour contenter sa recrue, allant jusqu’à bricoler un embrayage à câble. et a lui fournir un dragster, d’après Jade Dungey, qui a déclaré “n’avoir jamais monté une machine aussi puissante. Une rocket !”
Depuis, ça n’a pas été rose tous les jours non plus. Selon les rumeurs, ET3 se faisait régulièrement déposer par Malcolm Stewart les quelques fois où il est venu faire du testing avec la famille KTM en Californie. En vrai pro, il a ravalé son orgueil, a continué dans son coin et en Arizona, et le voilà qui enchaîne les deux premières victoires de la saison. “On ne touche plus à rien, à moi de m’adapter maintenant”, aurait-il-dit au team manager Ian Harrison peu avant Anaheim 1. De quoi le changer de Chase Sexton !
On a vu ce que ça a donné sur ces quatre premières courses. Et encore, ça aurait pu être encore mieux sans une chute bête ce samedi à Houston, où il a accroché la pédale de frein arrière dans un enchaînement. Ce qu’on voit, surtout, c’est la manière. Une attaque de tous les instants, digne des plus grands moments de sa carrière, et une agressivité positive qui en disent long sur la façon dont il se sent sur cette KTM, bichonnée par Jade Dungey, le frère de l’ancien rival, un certain Ryan ! On verra bien à l’issue de la saison, au moment de faire le bilan, mais il semble bien que cette association un peu par défaut à la base puisse déboucher sur quelque chose de grand. Pour rappel, personne n’a jamais gagné le titre SX à plus de 30 ans. A 33 ans, Eli est déjà le deuxième plus vieux vainqueur de finale SX (derrière Justin Brayton et son unique victoire, à Daytona). De toute façon, avec déjà deux victoires et la plaque rouge, l’association KTM/ET3 est déjà une réussite. Alors, qui met une pièce sur le vieux lion pour le titre SX ?
7.9 € TTC
