Matterley Basin n’a une fois encore pas déçu ! Entre le MX US et le MXGP, les fans de MX ont de quoi se régaler en ce moment devant la qualité des courses. Le GP d’Angleterre a en effet produit quatre belles manches dans les deux catégories, avec un niveau d’excellence assez incroyable une nouvelle fois… Et au bout du compte la victoire d’une légende en MXGP et d’un petit jeune français en MX2. Non, pas celui de d’habitude. On y revient après.
Parce qu’il nous faut évidemment commencer par LE grand bonhomme de ce MXGP de Matterley Basin : Antonio Cairoli. Déjà brillant en Russie avant sa mésaventure de la seconde manche, Tony a cette fois réussi à conclure le deal. Une première manche où il a fait le plus dur dès les premiers mètres en étant agressif pour passer devant tout de suite, une deuxième où il a dû batailler mais dans laquelle il est parvenu à revenir se mêler un temps à la bataille Febvre/Gajser, on peut dire qu’on a retrouvé le vrai Tony Cairoli, celui au neuf titres. Qui ajoute une 93e coupe de vainqueur de GP sur son étagère XXL. Une autre stat démente ? Antonio Cairoli gagne au moins un GP par an depuis… 2004, quand il ferraillait avec les Chiodi, Townley et Rattray, tous retraités depuis bien longtemps. L’année de création de Facebook et Google Maps ! Retrouver ainsi le vieux lion à ce niveau est quand même exceptionnel, a fortiori avec ses pépins de genou. À tous ceux qui l’envoyaient à la retraite, c’est un message fort. D’autant que sans son erreur en deuxième manche en Russie, il serait tout près de la plaque rouge. Après, si ma tante en avait… Son erreur sur la table en deuxième manche aurait tout aussi bien pu interrompre sa saison, et celle du jeune Prado par la même occasion. Chaud.
Patient en première manche, où il s’est « contenté » de suivre Herlings, de son propre aveu, par manque de trajectoires pour doubler, sur un terrain effectivement aussi plat qu’une chanson de Vianney, Tim Gajser est allé chercher la deuxième, par contre. Sans se précipiter, en patron, et avec la manière. S’il n’y a qu’un Shérif en ville, c’est bien le champion en titre pour le moment. Avec une Honda qui paraît littéralement collée au sol et qui ressort des virages avec un grip étonnant. Le HRC a visiblement bien fait ses devoirs. Tim, lui, reste dans son style impeccable, mélange tout aussi étonnant d’agressivité contenue, de trajectoires inédites (dans les vagues en montant, dans l’enchaînement technique…) et d’une touche de nonchalance balkanique. La classe. Mine de rien, le porteur de la plaque rouge a déjà 15 points d’avance sur Herlings. Pas si mal après quatre manches.
Jeffrey Herlings, justement, est-il devenu un simple mortel comme vous et moi ? Non, j’exagère, mais on était tellement habitué à la voir marcher sur l’eau et transformer le plomb en or que, du coup, on a du mal à comprendre ce qu’il se passe quand il signe un résultat comme ça. Troisième puis quatrième, c’est pourtant totalement acceptable dans l’idée d’aller chercher un championnat ! C’est juste qu’il nous a habitué à des standards trop élevés. Lui-même est plutôt satisfait, donc tout va bien : « Notre but de monter autant que possible sur le podium. Il a été prouvé dans la passé que si tu fais des podiums presque à chaque course, tu seras là au bout de la saison pour le championnat. Les deux manches ont été OK, rien d’impressionnant. Je n’ai pas la vitesse pour le moment. Je peux l’avoir pour un tour le matin aux essais, mais pas pour toute la course. Mais je n’en suis pas loin et il y a de bons circuits pour moi qui arrivent. » Décidément, si ce Jeffrey est peut-être un peu moins excitant que celui de 2018 qui torpillait AC222 sur la ligne droite de ce même circuit, il est bien décidé à jouer la carte du long terme, et on ne peut pas s’en plaindre.
Romain Febvre a encore une fois prouvé que lui non plus n’est pas dans ce championnat pour visiter les musées. Deux manches solides, dont une seconde qu’il aurait très bien pu remporter. Meilleur tour en course, il ne lui a pas manqué grand chose pour aller la chercher. Peut-être changer quelques traces qui n’allaient plus, comme dans les vagues en montant ? Troisième provisoire au contact de Jeffrey, le Français de chez Kawa démarre parfaitement l’année après son bon GP russe.
Deux holeshots ou quasiment, on a retrouvé le vrai Jorge Prado, au moins le temps de la ligne droite de départ. Parce qu’après, on attendait mieux de lui. Passons sur la première manche correcte, où il a réussi à garder la deuxième place. Mais le second débat a été assez catastrophique pour un cador de son calibre. Raisons évoquées dans le press-release KTM : pas de feeling avec la moto, et une grande difficulté à la faire tourner. Bref, on attend beaucoup mieux du jeune. En même temps, ça va forcément venir avec des départs de cette qualité.
C’est officiel depuis la deuxième manche russe : Pauls Jonass, celui qui a été champion du monde MX2, est de retour au premier plan. Après deux ans de blessures et de galères, « Michel » revient enfin à son niveau, et ça fait plaisir. Jonass pourrait bien être le premier du deuxième groupe, celui avec les Yamaha. En fait, il est pour l’instant parfaitement à sa place : derrière les trois KTM, Tim et Romain, mais devant tout le reste. En attendant le réveil d’un Seewer bien peu inspiré en ce début de saison. Une seule question : pourquoi mettre un S à Pauls ? Sérieusement ?
Seewer, donc, Coldenhoff et Watson suivent dans cette ordre au classement. Pas grand chose à dire, si ce n’est que ça manque de peps, tout ça. Notamment de la part du Suisse qu’on attendait bien mieux. Toujours autant à la limite, a-t-il atteint son plafond de verre ? Possible, à confirmer sur d’autres terrains que le typé Matterley Basin, mais ce n’est pas très réjouissant pour le moment.
Une fois encore, Alessandro Lupino a pointé son nez devant, aux alentours du top 10. Il est bon le petit loup cette année.
Un qui peut se réjouir, c’est bien Jeremy van Horebeek. Onzième du GP après une super deuxième manche, place qu’il occupe aussi au provisoire, JVH fait aussi bien avec la Beta qu’il ferait sans doute avec une autre. C’est déjà un exploit pour une première année. Van Ho et Beta sont en passe de réussir leur pari : s’installer comme marque crédible en MX. Beta est reconnue et respectée en trial comme en enduro, on prend le même chemin pour le motocross. Bravo !
MX2
Attention, un français peut en cacher d’autres ! En l’absence de Tom Vialle, qui s’est mangé Roan Van de Moosdijk en face à face cette semaine à l’entraînement et a donc décidé de faire l’impasse sur ce GP de Matterley Basin pour soigner une main douloureuse, ce sont Maxime Renaux, Mathys Boisramé et Thibault Bénistant qui se sont illustrés.
Maxime, d’abord, qui a profité de son holeshot pour s’offrir une belle victoire de manche, puis le GP grâce à une deuxième manche où il a dû cette fois aller au combat. Mal parti, Renaux s’est offert une remontée express jusqu’à une superbe deuxième place, qu’il a dû aller chercher avec caractère, le jeune Hofer n’ayant pas décidé de céder facilement. Deuxième victoire en GP, donc, pour le pilote Yamaha, et de belle manière. Deuxième du classement provisoire derrière Fernandez et ex-æquo avec Boisramé, Renaux est parfaitement lancé dans ce championnat. Renaux l’express est on fuego !
La révélation de ce GP est italienne : Mattia Guadagnini ! Transparent en Russie, le jeune officiel KTM s’est réveillé d’un coup grâce à des bons départs. L’occasion d’apprécier une belle technique : debout partout, propre, le nouveau protégé de Cairoli sait un peu faire de la moto, visiblement. Meilleur chrono de la première manche, vainqueur de la seconde avec le deuxième temps, pas mal comme deuxième GP en tant que pilote usine (il en avait déjà roulé deux en 2019 avec le team Maddii). Si KTM avait encore dégoté une pépite ? C’est un peu tôt, mais il faut reconnaître que cette performance, on ne l’avait pas vu venir…
Ruben Fernandez a confirmé son potentiel aperçu en Russie. L’Espagnol de chez 114 Motorsports pourrait bien être le principal obstacle sur la route des français cette saison. Quel attaque ! On avait vu l’an dernier, notamment en Lettonie, que le jeune est du genre combatif, et il l’a encore prouvé, notamment en doublant Boisramé, pourtant pas un tendre non plus, dans le dernier virage ! Et qui sait ce que Ruben aurait été capable de faire sans une très coûteuse glissade dans le premier tour de la deuxième manche… En tout cas, il va avoir une belle plaque rouge à monter sur sa CRF. Ça n’arrive pas si souvent, et ça n’était sûrement plus arrivé depuis Tim Gajser. Belle pêche, Livia !
L’autre grand bonhomme de ce GP de Matterley Basin , c’est Mathys Boisramé. Lui aussi aurait mérité mieux que cette glissade de l’avant en deuxième manche… Mais s’il continue à réussir ses départs, on n’a pas fini de voir le Breton se battre pour des podiums, ou plus si affinités. À cinq points du leader, Mathys est comme un requin qui sent l’odeur du sang. Sortez de l’eau !
La définition de perdre l’avant.
Dans la série une manche sur deux, on a quelques candidats. Thibault Bénistant, auteur d’une excellente première manche malgré une chute, est moins bien parti dans la suivante et a mis du temps à trouver son rythme. Bien, mais TB est capable de tellement mieux.
Il a passé un week-end de rêve comparé à deux vainqueurs potentiels : Jago Geerts et Jed Beaton. Chacun une manche hors des points, ça fait beaucoup après une ouverture déjà pas terrible pour les deux. Imaginez qu’après deux courses, ils sont derrière un Tom Vialle forfait au provisoire… Rene Hofer a aussi réalisé une belle manche, mais a abandonné dans l’autre. Au moins, il a montré de la vitesse.
Tom Vialle qui, décidément, fait tout comme son beauf Prado. À savoir faire le doublé à l’ouverture pour faire l’impasse sur le GP de Matterley Basin dans la foulée. Le jeune espagnol avait enchaîné avec une série de 15 victoires ensuite, laissant un seul GP, la Suède, à… Tom Vialle. Tom compte 29 points de retard sur Fernandez et sera normalement de retour dès dimanche en Italie. Reste à savoir s’il sera à 100%… A suivre.
Par Rich’
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