Greg Aranda (GSM Yamaha) est-il le pilote de SX le plus sous-estimé au monde ? C’est fort possible. Le Français au caractère bien trempé est un quintuple champion allemand de SX, actuellement en tête en SX Tour SX1 qui a battu certains des pilotes les plus rapides du monde lors de la Superpole SX de Paris.
Il est original, spectaculaire et très estimé par ses collègues. Fait intéressant, Greg Aranda roule mieux que jamais à l’âge de 35 ans. Nous nous sommes entretenus avec lui quelques semaines avant le début de la saison du FIM World Supercross au Canada.
Certes, le supercross est un sport de jeunes, mais les exploits d’Aranda à l’automne de sa carrière le placent en illustre compagnie. Justin Brayton, Mike Larocco, Chad Reed, Kevin Windham et Marvin Musquin sont tous restés très compétitifs jusqu’à la trentaine. Contrairement aux pilotes ci-dessus, il a fallu à Greg 19 saisons professionnelles – il a fait ses débuts en GP MX2 à 16 ans – pour atteindre ce niveau.
Parler de vin à un Français est un sujet délicat, mais serais-tu d’accord avec la comparaison « que tu te bonifies comme du bon vin » en ce qui concerne l’embellie des 18 derniers mois ? Titres français, allemand et Britannique (Arenacross UK) en SX1, Superpole au SX Paris devant Ken Roczen, les frères Lawrence, Cédric Soubeyras et Cooper Webb, 6ème au Supercross mondial, c’est un parcours pour le moins remarquable.
Greg Aranda : “C’est probablement vrai que je roule mieux que jamais. Dans le passé, je n’ai jamais été capable de rester au sommet de mon art pendant une période aussi longue. De plus, j’avais souvent la vitesse nécessaire pour rouler aux avant-postes, mais pas de manière contrôlée. Rouler à ce rythme auparavant signifiait être proche de la perte de contrôle. Si j’ai atteint ce niveau aujourd’hui, ce n’est pas seulement grâce à mes propres efforts. L’équipe GSM Yamaha a été d’un soutien fantastique dans tout cela.”
Alors, comment as-tu geré ce changement ? Avec le recul, il y a toujours une logique, surtout avec tes capacités de pilote, mais tu avais presque disparu des radars à cause d’une blessure il y a quelques années.
Greg Aranda : “Absolument. En fait, j’ai eu une petite blessure au pied en 2019 au Supercross de Paris. Ensuite, j’ai souffert d’un staphylocoque et j’ai été contraint de rester à l’écart de la moto pendant toute la saison 2020. J’avais déjà 31 ans, mais ce n’était pas la façon dont je voulais terminer ma carrière. Il y a aussi des doutes au fond de ton esprit. Que vais-je faire après cela ? Au final, je n’ai pas pu rouler pendant un an et demi. À cause de la nature de ma blessure, je ne pouvais pas courir et je pouvais à peine marcher, donc il était difficile de rester en forme. À ce moment-là, j’ai pensé que ma carrière de pilote pro était terminée. Petit à petit, j’ai retrouvé la forme et j’ai recommencé à rouler. J’ai signé avec Tech32 KTM pour reprendre la compétition. Il est certain que mon état d’esprit a changé. Je n’avais jamais été aussi sérieux à propos des courses et j’ai décidé de faire tout ce qui était nécessaire pour obtenir des résultats. Ce genre de détermination, c’était nouveau pour moi.”
Tu as établi une bonne base en 2022. Mais il semble que toutes les pièces du puzzle se soient mises en place après avoir rejoint GSM Yamaha la saison dernière ?
Greg Aranda : “Sans aucun doute. L’équipe a un excellent préparateur physique en la personne de Didier Rochette, qui est toujours là. J’aime la Yam YZ450F, Serge Guidetty, le patron de l’équipe, a beaucoup d’expérience et il est très impliqué. Il y a un soutien et un suivi sur tous les aspects. Et bien sûr, tout le monde dans l’équipe travaille dur pour obtenir des résultats. Cela porte ses fruits. Par rapport à l’année dernière, j’ai l’impression d’avoir encore fait un pas en avant en matière de performance.”
Est-ce que des gars comme Justin Brayton et Chad Reed t’ont inspiré pour continuer à aller de l’avant ?
Greg Aranda : “Oui, ces pilotes ont prouvé qu’il est possible d’être très compétitif en fin de carrière. En général, je dirais qu’il y a maintenant beaucoup d’athlètes d’élite qui brillent à un âge plus avancé. Pas seulement en MX ou en SX, mais aussi en tennis ou en course à pied. Aux Jeux olympiques, les trois médaillés du marathon avaient plus de 33 ans, par exemple. Je pense que beaucoup de choses dépendent de ton approche et de ce que tu as fait avant. Comme je l’ai dit, avant je n’étais jamais investi à 100 %. Mentalement, je ne ressens pas de limite à cause de mon âge. De plus, j’ai encore beaucoup d’énergie pour continuer.”
Es-tu conscient du fait que tu es devenu une sorte de héros “culte” ? Un pilote spectaculaire avec un talent unique sur la moto. C’est certainement le cas parmi les fans français, mais même les pilotes de SX américains dont on ne s’attendrait pas à ce qu’ils suivent les courses européennes sont véritablement impressionnés par ton style.
Greg Aranda : “C’est évidemment agréable d’être vu comme ça. Je pense que cela remonte à loin. En termes de vitesse pure, j’ai fait beaucoup de pole positions. Même en MX1, j’étais régulièrement aux avant-postes lors des essais chronométrés, dans le top 5. Seulement, je n’ai pas pu capitaliser sur cette vitesse pendant les manches où mes meilleurs résultats étaient plutôt des top 10. Donc pas en adéquation avec la vitesse que j’avais montrée en qualifications ou en essais libres. Même chose au Supercross de Paris où j’ai remporté la Superpole. Heureusement, je peux maintenant maintenir un rythme rapide plus longtemps, donc j’ai vraiment hâte d’être à Paris cette année ! Quand tu entends les frères Lawrence te féliciter pour ta Superpole ou que tu vois la joie que cela procure aux fans, c’est très satisfaisant. Sur un tour, je suis capable de réunir tous les ingrédients pour m’approcher de ce tour parfait. Réussir à suivre le même rythme pendant toute une manche est un défi de taille. Cependant, c’est ce à quoi nous travaillons.”

Tu as toujours eu cette capacité à tout donner sur un tour ?
Greg Aranda : “Oui et non. Ce qui est sûr, c’est que c’est un défi que j’aime. Il faut trouver l’équilibre entre se donner à fond et ne pas faire d’erreurs. C’est un compromis difficile à trouver. Et il y a aussi l’aspect mental. Surtout dans un stade, tu peux sentir les attentes de la foule. Tu l’as déjà fait avant, alors les gens s’attendent à ce que tu le fasses encore. Ma première saison en GP y est aussi pour quelque chose, je crois. À l’époque, ils avaient introduit les courses de qualification en MX2. Si tu ne te qualifiais pas, tu étais relégué au LCQ, au chrono. Comme c’était ma première année en championnat du monde, j’ai souvent participé au LCQ, où on devait affronter des pilotes de haut niveau comme Tommy Searle, Marc de Reuver ou Davide Guarneri, qui avaient eu des problèmes lors de la course de qualification. Seuls les six plus rapides passaient pour le dimanche, alors tu devais tout donner pour te qualifier. Je pense que ça m’a marqué. Et à l’entraînement, j’ai aussi beaucoup travaillé sur mes tours rapides.”
À 16 ans, tu as rejoint Christophe et Sébastien Pourcel chez GPKR Kawasaki. Comment cela s’est-il passé pour toi ?
Greg Aranda : “C’était difficile. Christophe était assez caractériel, même si on s’entendait bien. Je me suis aussi bien entendu avec Sébastien et l’équipe était bonne. Mais j’étais très inexpérimenté à ce moment-là. En fait, je suis entré dans l’équipe quand je n’avais que 15 ans. Vivre seul en Belgique était difficile pour moi. Tout était différent. Ces années ont été dures sur le plan personnel et, à un moment donné, j’ai voulu arrêter. En 2008, j’ai signé avec Jean-Jacques Luisetti et CLS Kawasaki, qui étaient basés dans le sud de la France, beaucoup plus près de chez moi. Cela m’a définitivement redonné le moral.”
C’est au cours de cette première saison que tu t’es fait remarquer chez CLS.
Greg Aranda : “Exactement. L’équipe était bonne et la moto performante, même si ce n’était clairement pas une moto d’usine. J’ai terminé sixième du GP de France et j’ai réussi à faire quelques autres coups d’éclat chez CLS, ce qui était génial compte tenu de la base standard de nos motos.”
Les pilotes de motocross français ont vraiment commencé à occuper la scène du championnat du monde à cette époque. Il y avait une qualité et une profondeur rares. À plusieurs reprises, six pilotes français de MX2 sont entrés dans le top 10 de leur GP national. Comment était-ce de faire partie de cette vague de talents français ?
Greg Aranda : “Nous n’avions pas tous le même âge, mais la compétition entre les pilotes français nous a certainement poussés à nous améliorer. De plus, l’infrastructure mise en place par la fédération française a commencé à porter ses fruits. Le passage du Minivert aux Cadets et aux Juniors s’est avéré être une sorte de chaîne de production de talents pour les GP ! La Fédération a réuni les jeunes les plus talentueux pour les entraîner et de nombreux pilotes français ont réussi à participer au championnat du monde. Du coup, le niveau des championnats Elite s’est élevé, par conséquent il fallait être à bloc en permanence !”
Quand as-tu découvert ton don pour le supercross ?
Aranda : “Quand je roulais en 80 cm3, je faisais déjà beaucoup de supercross. J’avais ma propre piste de SX et j’adorais ça ! Mais la plupart des équipes de GP n’étaient pas enthousiastes à l’idée de faire du SX, par peur des blessures. Donc j’ai arrêté de rouler pendant un certain temps. Les choses ont changé chez Bud Racing Kawasaki, qui considérait le supercross comme aussi important que le motocross. J’ai donc recommencé à en faire. J’ai gagné le titre européen de SX en 2010, j’ai fait le SX de Paris et le SX Tour. En gros, j’ai toujours aimé le SX, mais il s’agissait plutôt de trouver les bonnes opportunités.”
Au cours de toutes ces années de compétition, quel est le coéquipier qui t’a le plus impressionné ?
Greg Aranda : “Christophe Pourcel. Il était spécial. Pas du tout à cause de ses jeux mentaux ! Il prenait plaisir à alimenter les fake news, disons ! Qu’il ne s’entraînait jamais, ou que lorsqu’il s’entraînait, c’était quelque part caché pour que personne ne le sache. (Sourire) Je pourrais écrire un livre sur ce type ! Ensuite, il y a eu Steven Frossard. Il m’arrivait de l’enfumer à l’entraînement, d’être trois secondes plus rapide que lui. Quelques jours plus tard, sur un week-end de GP, il était vraiment capable de se surpasser. De nulle part, il était deux secondes plus rapide que moi. Steven se transcendait lorsque c’était important d’une manière qui m’a vraiment impressionné. Même lorsqu’il ne se sentait pas particulièrement bien, il pouvait passer à la vitesse supérieure en qualifications en s’accrochant à Tony Cairoli, par exemple, ou à n’importe quel autre pilote, pour réaliser le deuxième ou le deuxième temps. Chez Bud Racing, j’avais Davide Guarneri comme coéquipier et il était très fort physiquement. Un véritable homme de fer ! Sur la moto Nicolas Aubin était lui aussi très doué. Alors oui, dans l’ensemble, j’ai eu la chance de rouler aux côtés de gars formidables.”
De tous les pilotes qui font le saut des GP au Supercross AMA, il n’est pas toujours super clair de prédire qui va réussir. As-tu anticipé le succès que Dylan Ferrandis a connu aux États-Unis ?
Greg Aranda : “J’’ai fait la connaissance de Dylan très jeune, lorsqu’il est arrivé chez Bud Racing pour rouler en 125. Même à cette époque, il ne parlait que de SX. Dylan avait des objectifs très clairs et il était déjà très, très fort mentalement. Même lorsqu’il était en 125, il voulait nous battre Nicolas Aubin et moi, à l’entraînement, alors que j’étais en 450 et Nico en 250. Nous avions tous les deux une assez bonne vitesse, alors voir ce jeune qui veut relever ce genre de défi, c’était assez drôle pour nous. D’un autre côté, je pense que c’est cette volonté et cette détermination farouche qui lui ont permis de remporter quatre titres importants aux États-Unis.”
En remontant dans le temps, que dirait l’actuel Greg à celui qu’il était à l’âge de 16 ans ?
Greg Aranda : “Tu as toujours des regrets sur les choses que tu aurais pu mieux faire. Qui sait où j’en serais si j’avais travaillé aussi dur que je le fais maintenant au début ? Nous ne le saurons jamais. La carrière d’un athlète est fragile et compliquée. Qu’en est-il des motos que j’ai pilotés et des équipes pour lesquelles j’ai roulé ? Parfois, tu passes juste à côté du deal qui aurait pu changer beaucoup de choses. La seule chose que je pourrais donner comme conseil serait d’entrer dans le championnat du monde un peu plus tard. En 2007, Gautier Paulin et Marvin Musquin gagnaient en EMX250 – nous faisons partie de la même génération – alors que je luttais en MX2 parce que je n’étais pas encore prêt. Mentalement, c’est dur de voir des pilotes que tu as battus en catégorie junior réussir en EMX250 quand pour moi, c’était difficile de me qualifier pour chaque GP.”
Avec Bud Racing Kawasaki, tu as fait une seule course en 450SX, à Anaheim 1 en 2010. Tu termines septième en heat et treizième en finale. C’est un début plutôt solide, je dirais. Tu n’avais que 20 ans et tu étais très inexpérimenté dans le Supercross américain, il y avait donc beaucoup de place pour progresser. C’est remarquable que tu n’aies participé qu’à un seul Supercross AMA !
Greg Aranda : “L’année suivante, Kawasaki US m’a contacté pour remplacer Jake Weimer sur la moto d’usine Kawa. Juste avant la saison 2011 du SX, Jake s’était cassé le bras à l’entraînement. Malheureusement, pour des raisons politiques, je n’ai pas pu le faire. Bud Racing était associé à Rockstar Energy et Kawasaki US avait déjà son accord avec Monster Energy. C’est finalement Fabien Izoird qui l’a remplacé. C’était une grosse déception. Après, je n’ai pas eu d’autres opportunités de rouler aux États-Unis.”
Revenons à l’actualité . Qu’est-ce qui rend Serge Guidetty si efficace ? Maxime Desprey roule mieux que jamais, Thomas Ramette s’est bien débrouillé dans son équipe, Jace Owen et Carson Brown en ont parlé en termes élogieux après leurs campagnes de Supercross mondial…
Greg Aranda : “Serge a lui-même roulé en supercross. Tout d’abord, il est très attentif aux besoins de ses pilotes. Ensuite, il a créé une excellente ambiance dans son équipe et il fait tout pour nous fournir ce dont nous avons besoin. J’ai déjà mentionné Didier, notre préparateur physique tout à l’heure. Autre exemple, si nous avons des camps d’entraînement, il se déplace avec le camion et les mécaniciens pour ne rien laisser au hasard. Afin d’être le plus compétitif possible pour le World SX, l’équipe GSM Yamaha a intensifié la mise au point des motos. Dans l’ensemble, c’est un gros, gros engagement pour une équipe privée.”
À la fin du mois, le WSX démarre avec le GP du Canada à Vancouver. Que penses-tu du format des courses ?
Greg Aranda : “C’est intense, les finales se succèdent rapidement ! Les courses du WSX sont très serrées, mais on insiste beaucoup sur les départs parce que les courses sont courtes. C’est un désavantage pour moi car je ne suis pas le meilleur au départ. À chaque fois, je dois partir de derrière et la seule fois où j’ai réussi à prendre un bon départ – l’année dernière lors de la deuxième finale à Melbourne – je me suis battu pour la victoire et j’ai fini deuxième derrière Ken Roczen. Obtenir trois bons résultats est très compliqué. À Melbourne, j’ai manqué de peu le podium en terminant 5e derrière Dean Wilson et Joey Savatgy. Il est évident que je dois améliorer mes départs pour monter sur le podium, alors c’est ce sur quoi j’ai travaillé.”
Quel est ton objectif global pour le Supercross mondial cette saison ?
Greg Aranda : “Honnêtement, nous sommes tellement proches les uns des autres que je ne veux pas m’avancer. Je vais prendre les choses course par course. L’objectif est toujours de monter sur le podium et de s’amuser en piste. Battre Eli Tomac ou Ken Roczen n’est jamais facile, alors nous devons voir dans quel état les autres arrivent. Logiquement, la prochaine étape pour moi est d’entrer dans le top 5 du classement général après ma 6e place de l’année dernière. Et idéalement, j’aimerais voir à quel point je peux me rapprocher du podium général.”
Surtout dans ton cas – si tard dans ta carrière – ce doit être incroyable de pouvoir enfin montrer tes talents sur cette immense scène qu’est le Supercross mondial ?
Greg Aranda : “Oh mec, tu as raison, c’est une grande émotion. Pas seulement pour moi, mais pour toutes les personnes impliquées. Nous roulons dans des stades sympas à des endroits intéressants dans le monde entier. En plus, le WSX est super bien organisé, donc en tant que pilote, tu te sens très bien accueilli et respecté. C’est un sentiment très satisfaisant.”
Le WSX mise beaucoup sur l’interaction avec la foule. Est-ce que c’est quelque chose qui te stimule ?
Greg Aranda : “Bien sûr, le SX est un sport, mais il y a toujours un élément de spectacle. Où que tu sois sur la piste, tu es proche des fans. L’intensité et la technicité sont aussi tout à fait dans mes cordes. Bien sûr, le MXGP est aussi très technique, mais l’aspect physique est extrêmement important là. Quelqu’un qui est en super forme peut compenser certaines lacunes dans son style de pilotage. En supercross, la marge d’erreur est tellement plus réduite. Tu dois être très précis pour aller vite. Et tu dois rester concentré pendant toute la durée de la course. C’est ce que j’aime.”
Tu n’as jamais eu peur d’envoyer du lourd. À Sommières et à Valence, tu as été le premier à ouvrir une nouvelle combinaison avec ton saut caractéristique. Il faut un pilote d’un genre particulier pour le lancer en grand comme ça.
Aranda : “Chaque fois que j’ai fait quelque chose comme ça, ce saut particulier est resté associé à mon nom ! Chaque fois que nous arrivons sur une nouvelle piste, je suis l’un des premiers à faire les grands sauts. C’est un défi que j’adore, c’est fun.”
Avec ton coéquipier Maxime Desprey en SX2, tu domines le Supercross français. À 31 ans, il est lui-même un vétéran. Est-il plus facile de se faire des commentaires honnêtes entre vous dans une telle situation ?
Greg Aranda : “Pour commencer, les choses sont un peu plus faciles pour nous parce que nous courons dans des catégories différentes. Maxime roule toujours avant moi, donc il peut me donner des conseils sur l’évolution de la piste. Quand je le vois rouler, il y a toujours quelques trucs que je peux lui dire donc c’est cool. En championnat de France de MX, nous nous battions tous les deux pour le titre MX1 cette saison, donc c’est différent. Cependant, nous avons beaucoup de respect l’un pour l’autre, alors tout s’est bien passé et Maxime a fait une bonne saison. Il a remporté le titre et j’ai terminé troisième. C’est génial pour l’équipe. Max a les pieds bien sur terre, il n’y a pas d’intentions cachées. Tout cela contribue à l’ambiance au sein de l’équipe. Je m’entends bien avec Lucas Imbert et notre nouveau coureur Julien Lebeau aussi.”
Par le passé, les pilotes se préparaient chacun dans leur coin, avec leur propre programme. Même lorsqu’ils roulaient pour leur propre équipe.
Greg Aranda : “Je pense que nous avons trouvé un bon équilibre. Il est certain que rouler et s’entraîner ensemble est motivant. On se pousse les uns les autres, donc tout le monde s’améliore. Cependant, lorsque vous vous battez à l’entraînement presque tous les jours, les choses peuvent vite devenir gênantes. Nous vivons également dans des régions différentes du pays. Alors se retrouver pendant les camps d’entraînement à différents moments de l’année, ça marche bien. Tu as raison, du moins en ce qui concerne la période où j’ai participé à des GP. Dans l’équipe, chaque pilote se tenait à l’écart. Ce qui revenait aussi à ne pas trop se montrer, à ne pas dévoiler ses cartes pour ainsi dire.”
Il y a dix ans, tu t’es essayé à l’enduro lorsque tu roulais pour 2B Yamaha. Comment cela s’est-il passé ?
Greg Aranda : “C’était une expérience vraiment intéressante. J’ai fait Le Trèfle Lozérien, une course du championnat de France et la dernière manche de l’EnduroGP à Brioude. Je me suis senti assez compétitif puisque je suis monté sur le podium du championnat de France et que j’ai obtenu une 4e place en E2 lors de la manche de l’EnduroGP. J’ai été contacté Beta pour en faire plus, mais j’ai finalement décidé que mon cœur se portait davantage vers le supercross et le motocross. Franchement, je garde l’option ouverte de revenir à l’enduro. Donc, une fois que mes jours de SX seront terminés, ce serait amusant de revenir à l’enduro. “
Il y a un tas de spécialistes du SX comme toi Cédric Soubeyras, Angelo Pellegrini, Maxime Desprey, Anthony Bourdon, Thomas Ramette, Harri Kullas qui ont ouvert la voie sur la scène européenne du supercross. C’est étrange qu’il y ait si peu de jeunes qui se hissent au sommet.
Greg Aranda : “Je suis d’accord. Cela fait un moment que l’on voit les mêmes aux avant-postes. En France, le SX Tour est très conscient de la situation. Ils lancent la catégorie 125 Junior qui va au-delà d’une simple catégorie supplémentaire dans le championnat. Ils organisent des stages d’initiation pour permettre aux pilotes inexpérimentés de se familiariser avec la discipline. Je pense que les choses évoluent dans le bon sens. Cependant, le cœur du problème reste toujours le même en Europe. Les équipes d’ici interdisent à leurs pilotes de participer à des courses SX. En regardant l’incroyable saison de Jorge Prado en MXGP, je ne pense pas que les quatre courses qu’il a faites en AMA Supercross aient nui à ses chances ! Au contraire, il est arrivé au championnat du monde cette année plus que prêt. Espérons que les managers commencent à y penser, pour laisser à leurs pilotes une certaine liberté à faire du supercross. Il ne fait aucun doute que l’expérience du SX est un atout pour un pilote de motocross en ce qui concerne la technique et la précision. Je parle des petits détails qui se perdent parfois lorsque tu accumules les motos de 40 minutes pour être en forme. En ce qui concerne le pilotage, Prado avait une longueur d’avance sur Gajser, Herlings et Febvre lorsqu’il a commencé sa saison MXGP. Impressionnant !”
Tu as travaillé sur ton plan de retraite en reprenant une piste locale dans le sud de la France, le MC Des Costières (Beauvoisin). Le temps passé sur le bulldozer à préparer la piste t’a-t-il appris quelque chose de nouveau ?
Greg Aranda : “Ha j’aimerais bien, non pas vraiment. Lorsque j’étais à l’écart à cause de mes problèmes de santé en 2020, j’ai dû trouver quelque chose de nouveau à faire. En ce qui me concerne, mes jours de pilote étaient terminés, alors j’ai repris la gestion de ma piste locale à Beauvoisin. Le timing était parfait car le président du club estimait qu’il était temps pour lui de passer à autre chose. Tout s’est bien passé mais en ce qui concerne la préparation de la piste, ce n’est pas ma piste personnelle, avec les obstacles dont j’ai besoin pour m’améliorer. Nous voulons offrir une piste accessible et amusante que les pilotes de tous les niveaux peuvent apprécier. En fait, j’ai rendu les sauts plus doux, même si c’est peut-être le contraire de ce que tu pensais ! Pour les riders de haut niveau, la piste n’est pas assez dure, parce que nous refaisons toujours tout. Dans notre cas, nous ne pouvons pas survivre en nous concentrant uniquement sur les pilotes d’élite.”
En général, les pilotes de tête se traitent avec respect sur le SX Tour français, mais sur les pistes serrées comme celle du Supercross allemand, de l’Arenacross UK ou même du Supercross mondial, les choses s’enveniment parfois. Devrions-nous avoir plus de règles pour garantir des courses équitables ?
Greg Aranda : “Sur un circuit plus petit, il n’y a souvent pas d’autre moyen de dépasser que d’être agressif ou de faire un blockpass. A. Ce type de contact fait partie des courses en indoor. Et B. la vitesse à laquelle nous prenons ces virages est faible, de sorte que les accidents qui se produisent ne sont jamais très graves. Alors non, je ne pense pas que nous ayons besoin de règles plus strictes. Je suis sûr que si quelqu’un franchit la ligne, des sanctions suivront. Évidemment, nous faisons partie d’un spectacle, alors il faut un peu de piment pour divertir les fans !”
Tu es l’un des pilotes les plus performants de l’histoire de l’ADAC Supercross. Quel est le secret de ton succès en Allemagne ?
Greg Aranda : “J’aime les courses là-bas. C’est excitant et le fait qu’ils amènent des bons pilotes américains permet de garder la motivation. Au fil des années, j’ai eu de belles batailles dans l’ADAC, par exemple avec Jace Owen, donc c’est toujours amusant d’aller là-bas. Je roule pour Sturm Racing depuis de nombreuses années en Allemagne et c’est une équipe formidable. Il y a une très belle amitié avec la famille Sturm, ce qui rend les choses encore plus personnelles. Ils me soutiennent même en tant que sponsor perso lorsque je roule pour GSM Yamaha. Il y a quelques années, j’ai fait des saisons complètes pour eux, où j’ai participé à l’ADAC MX Masters et à l’ADAC Supercross. Enfin et surtout, ils me permettent d’utiliser la marque de moto que j’utilisais en France, ce qui rend la transition entre le SX français et le SX allemand très confortable.”
L’autre histoire d’amour de longue date, c’est celle avec le Supercross de Paris.
Greg Aranda: “C’est difficile à décrire et c’est sûr que c’est encore plus émouvant parce que je roule là-bas devant mes fans. J’en ai la chair de poule. Le Supercross de Paris est la plus grande course de SX en dehors des États-Unis. C’est une icône à part entière dans la capitale la plus cool du monde ! Que ce soit à Bercy, même à Lille ou maintenant à La Défense Arena… Il y a de la magie dans l’air, tu sais. Le SX de Paris fêtera son 40e anniversaire cette année et je suis ravi d’en faire partie. Des fans de toute la France et de toute l’Europe viennent à Paris pour célébrer le Supercross et voir les meilleurs pilotes des États-Unis et d’Europe. J’ai tellement de bons souvenirs du SX Paris et j’aimerais en créer d’autres !”
Je ne sais pas combien de départs tu as pris dans ta carrière, mais le sentiment d’anticipation et de stress est-il toujours le même ?
Greg Aranda : “C’est toujours spécial, je ne pense pas que cela disparaîtra un jour. Je pense que ce ne sera jamais une chose quotidienne comme aller chercher du pain par exemple ! Les bruits du moteur, les vibrations de la moto, ton corps et ton esprit en pleine alerte avec l’adrénaline qui coule à flots… C’est toujours un grand frisson. Bien sûr, avec l’âge, on apprend à mieux gérer ses nerfs. L’expérience te permet de relativiser les choses. Tu te dis : Je suis déjà passé par là. Le stress que j’éprouve aujourd’hui ne m’a pas empêché de donner le meilleur de moi-même, alors tout ira bien maintenant aussi.”
Ton corps et ton esprit parlent -ou plutôt crient- chacun à leur manière, en même temps dans des moments de stress comme celui-là.
Greg Aranda: “Absolument ! Juste avant une course, il y a toujours un million de questions dans ta tête. Suis-je prêt ? Ma vitesse est-elle bonne ? La moto est-elle bonne? Serai-je capable de faire ce que les gens attendent de moi ? Tout le monde m’appelle Mr. Superpole. Alors à chaque course -que ce soit un petit événement local, le Supercross de Paris ou n’importe quel endroit où il y a une Superpole quand j’y suis- les gens attendent de moi que je sois à la hauteur. C’est une véritable pression. C’est comme si la Superpole était organisée juste pour moi ! Certains fans se demandent ce qui ne va pas chez moi quand j’arrive à la 2e place!”
Texte : Tom Jacobs
Photos : MX July, Kevin François – Beyond Production
7.9 € TTC
