En 2001, Jeremy McGrath est toujours le King du Supercross, avec sept titres depuis 1993, une série seulement interrompue par Jeff Emig en 1997 quand MC est passé rapidement sur Suzuki, avant de débarquer sur Yamaha et reprendre son bien. Mais un jeune rouquin venant de Floride est bien décidé à faire tomber le roi de son piédestal…
Après trois titres d’affilée sur une Yamaha qu’il connaît par cœur et apprécie, Jeremy McGrath peut aborder cette saison serein, en grand favori, même s’il a tout de même été bien bousculé en 2000 par un jeune rookie venu de France, un certain David Vuillemin. Et dès l’ouverture d’Anaheim, soit sans son jardin, McGrath s’impose en effet relativement facilement, devant l’officiel Honda Ezra Lusk et Ricky Carmichael.
La routine, quoi…
RC, à l’époque, est déjà considéré comme un tueur de sang froid en outdoor, puisqu’il a remporté trois titres en 125 (1997, 98, 99) et un en 250 (2000). Mais si le jeune va effectivement très vite en SX (champion côte est en 1997), il est brouillon et son passage en 250 est, comment dire, semé d’embûches. Et de bûches, tout court. Beaucoup, et certaines qui font mal. Après une année 99 de rookie assez catastrophique, il a toutefois montré de sérieux signes de progression en 2000, en montant cinq fois sur le podium et en remportant Daytona. Bref, il commence à se faire au truc. Surtout, son mentor Johnny O’Mara l’a branché avec un pote à lui, venant du vélo, qui s’occupe de préparation physique. Aldon Baker, c’est son nom, n’y connait que dalle au MX mais il aime bien ça et, surtout, il dispose de méthodes d’entraînement pointues qui tranchent avec les sorties bières/pétards à Lake Havasu de McGrath et sa clique. D’ailleurs, le rondouillard RC n’a plus la même tête que les années d’avant. Affûté comme une lame, pointu comme un couteau, comme dirait Raggasonic.
Et la méthode du boulanger ne tarde pas à payer, puisque RC s’impose dès la seconde épreuve à San Diego. À la régulière, propre et net, il passe McGrath et le distance. De quoi déstabiliser le King, à tel point qu’il se fait passer par LaRocco en fin de course ! Sa fameuse technique qui consistait à partir devant, faire cinq tours à bloc puis gérer tranquillement jusqu’à l’arrivée en balançant un ou deux Nac-Nac a pris la poussière face à la boule d’énergie capable de baisser ses temps en fin de course… De fait, RC et MC se retrouvent à parfaite égalité de points avant la troisième course à Anaheim 2.
Plus moyen de cruiser peinard…
Une nouvelle fois, les deux prétendants au titre s’envolent devant. La bagarre est virile mais très correcte, jusqu’à ce que RC bouscule le Mac pour passer en tête. Intelligemment, RC, dans une manœuvre de classe, de respect, ou simplement histoire de ne pas se faire huer comme le premier Ferrandis venu, laisse passer Jeremy et tentera plus rien jusqu’à l’arrivée, même s’il reste au contact. Et c’est ainsi que le King décroche sa 72 victoires en SX. La dernière, surtout !
Allez, une petite 72e pour la route !
En effet, RC va facilement s’imposer à Houston. Une nouvelle fois, les deux stars sont à égalité de points avant d’aborder le dernier Anaheim, le 3e. C’est là qu’a été shooté cette image de RC totalement en travers sous les yeux d’un MC un poil incrédule.
Anecdote : L’auteur de la photo est Carlo Bagalini,rédacteur en chef adjoint de Moto Crampons à l’époque. Moi, j’y suis depuis peu en tant que journaliste débutant/essayeur. Comme d’habitude, on se régale des histoires de Carlo qui, tout juste de retour des US, trie ses diapos sur la table lumineuse. Oui, on shootait encore en argentique, en 2001… Un moment, Carlo m’appelle pour me dire « Viens-voir jeune, je crois que j’ai un truc bien, là. Qu’est-ce t’en dit ? » 19 ans plus tard, cette image (prise lors du tour de chauffe) symbolise encore le passage de torche entre les deux grands champions. L’image a été achetée par Fox pour en faire une pub.
Au niveau de la course, il n’y a pas eu photo… McGrath est parti en tête, quand son adversaire est englué dans le paquet. Et pourtant, RC va revenir mètre par mètre pour détrôner le King en son royaume de l’Angel Stadium. La messe est dite. RC ne perdra plus une finale de la saison, décrochant ainsi le premier de ses cinq titres US en SX.
Pénible, ce mec qui s’entraîne dur…
Par Richard Angot.
L’art de déclencher au bon moment/bon endroit, par Carlo Bagalini.

7.9 € TTC
